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Comme je le citais dans mon article sur les rites de passage, la société occidentale moderne a une vie matérielle riche mais une vie spirituelle pauvre. C’est à peu près l’opposé dans le monde traditionnel (amérindien, africain etc). L’anthropologie nous confirme que dans les sociétés dites « primitives », le rite initiatique est un passage obligé de certaines transitions de vie. Dans le premier article de ce dossier, je vous introduisais au masculin sacré (et donc indirectement au féminin sacré). Je concluais sur l’importance d’équilibrer le masculin et le féminin en soi, que l’on soit un homme ou une femme. Car nos expériences sont à la fois différentes et similaires.

Dans ce second article, je me rapproche du rite lui-même en vous faisant une proposition de définition. J’aborde également la question de l’ombre (selon Jung et les sociétés tribales), tout cela en rentrant dans ma propre expérience d’initiation au masculin sacré, qui a eu lieu en ce début d’année. 

Enfin, dans le prochain et dernier article de ce dossier, je vous invite à aller visiter des aspect primordiaux des rites de passages ; le sacré, les symboles et archétypes. Et je rentrerai encore plus avant dans l’expérience. Il est intéressant d’aller voir ce qui se trouve dans les livres d’ethnologie j’en conviens. Mais la vie nous invite surtout à un fantastique voyage intérieur

Pour des raisons évidentes de confidentialité, j’ai décidé de ne pas citer la communauté qui m’a initié. Cette confidentialité permet de préserver les futurs initiés comme la communauté. Comme d’habitude, vos commentaires et partages sont les bienvenus.

Qu’est-ce qu’un rite initiatique ?

La société contemporaine n’a pas de rite initiatique

Il n’est pas aisé de donner une définition du rite initiatique. Il me semble cependant important de rappeler qu’initiation nous renvoie à initier. Initier signifie introduire à une connaissance particulière, et aussi plus simplement commencer quelque chose de nouveau. Il serait trop simple de dire que l’obtention du permis de conduire, du bac… et encore moins un enterrement de vie de garçon… puissent être considérés comme un rite de passage. La principale raison est que bien souvent, ces moments de vie ne sont pas vécus en conscience. Autrement dit, il ne s’agit pas de faire une expérience qui nous amène à une connaissance de soi utile pour la suite de notre existence. L’enterrement de vie de garçon (à mon sens encore) ne constitue généralement qu’une beuverie supplémentaire. Dans le pire des cas, il pourrait même s’agir d’un exutoire de basses compulsions, censé nous faciliter l’accès à la fidélité. (Je vous renvoie aux aspects « positifs » et « négatifs » du précédent article).

Le rite de passage selon l’anthropologie

L’initiation désignait « primitivement » l’ensemble des cérémonies par laquelle on était admis à la connaissance de certains « mystères ». Les ethnologues les classent en 3 grands types (selon Roger Bastide, sociologue et anthropologue français, 1898-1974) :

  • les rites qui font entrer les jeunes gens dans la catégorie d’adultes -> initiations tribales -> c’est le type de rite qui nous intéresse ici.
  • les cérémonies qui ouvrent l’accès à des sociétés secrètes (par exemple la franc-maçonnerie) ou à des confréries fermées -> initiations religieuses,
  • les rituels qui font abandonner la condition humaine « normale » pour accéder à la possession de pouvoirs surnaturels ->initiations magiques.

Rite initiatique ou rite de passage ?

Précision importante : dans cet article, je fais le choix d’utiliser indifféremment les expressions « rite initiatique » et « rite de passage ». L’objectif annoncé de mon initiation en France était clairement celui du « rite de passage à l’âge adulte ». Autrement dit, un rite de passage contemporain vers le statut d’homme moderne donc. En même temps, il s’agissait de rejoindre une communauté d’hommes, se comportant à la façon du « Guerrier pacifique » de Dan Millman. (Si vous n’avez pas le temps de lire le livre, prenez au moins celui de voir le film, vraiment). Il y a donc cette notion de passage de vie vers un nouveau stade de développement intérieur. Mais aussi la notion de rituel de groupe.

Le rite de passage dans la société contemporaine en France

Dans l’histoire récente de la société occidentale, il n’y peut-être guère que le divorce ou le service militaire qui remplissaient cette fonction.

Le divorce, un rite de passage vers la maturité émotionnelle ?

Je parle bien du divorce et non du mariage. Le principal défaut du mariage est qu’il liait généralement deux individus dépendants entre eux. De façon traditionnelle dans la famille, la femme assurait le soutien émotionnel et l’homme le soutien financier. Ce n’était donc pas deux individus autonomes qui se mariaient mais deux moitiés d’individus dépendants. D’ailleurs, certaines personnes ne disent-elles pas « ma moitié », à propos de leur amour ?

Lors de mon initiation au masculin sacré, l’accent a donc été mis dès le départ sur l’intelligence émotionnelle et corporelle. J’ai été frappé par le nombre important de mes frères qui ont vécu une enfance durant laquelle l’expression des émotions n’était pas accueillie voire malvenue. Les aider à dépasser leur mutisme émotionnel était primordial, surtout dans une société où l’on demande de ne pas exprimer ses émotions. Et en particulier aux hommes. Or vous avez vu dans le précédent article ce qu’est un homme complet. En ce qui me concerne, j’ai toujours été très enclin à exprimer mes émotions. En revanche, je travaille aujourd’hui à une meilleure gestion de mes émotions et aller vers l’autonomie émotionnelle. Et j’en parle d’autant mieux en période de divorce, après avoir vécu le modèle « classique ».

Le service militaire, rite de passage de l’ancien monde

Le gros problème du service militaire, lui, est qu’il formait des hommes à faire la guerre. Son objectif était donc de maintenir un système pyramidal où pour vivre (survivre ?) il fallait faire partie du groupe dominant. L’heure est clairement aux guerriers pacifiques, ces hommes qui comprennent que « l’ennemi » n’est pas à l’extérieur mais à l’intérieur d’eux. Un guerrier pacifique s’affirme mais n’impose pas aux autres. Un guerrier pacifique fait preuve d’authenticité, d’honnêteté et d’ouverture. Il dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit. Un guerrier pacifique ose montrer sa vulnérabilité, car agir ainsi est une force et non une faiblesse. Enfin, un guerrier apprend à connaître, apprivoiser, et vivre avec son ombre.

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Qu’est-ce que l’ombre selon Jung ?

Définition de l’ombre selon C.G. Jung

J’utilise le terme de l’ombre dans le sens de la conceptualisation développée par Carl Gustav Jung, à l’origine du développement personnel moderne. Comme une image vaut mieux qu’un long texte, vous avez ci-dessus une figure empruntée à Jean Monbourquette. Monbourquette était un prêtre et psychologue québéquois (1933-2011).

Ce schéma est simple et rassurez-vous, le principe l’est également.

La persona est le masque de sa personnalité que l’on montre aux autres afin d’être accepté (autrement dit ne pas être rejeté). Il se construit d’abord par rapport aux parents puis par rapport à la société. Cette partie de soi se construit donc comme une réponse d’adaptation à notre milieu.

Le Moi est la partie consciente de notre psychisme, autrement dit celle à laquelle nous avons accès (pensées, émotions etc.).

L’ombre est la partie de nous que nous avons refoulé dans l’inconscient par souci d’adaptation. Par exemple pour un enfant, le risque est grand d’imaginer qu’un trait de caractère peut faire que nous pourrions être rejeté par nos parents. Car être rejeté par ses parents, à 2 ans par exemple, signifie la mort ! Nous enfouissons donc dans l’ombre une partie de nous.

À noter qu’ill n’y a pas qu’une ombre noire mais aussi une ombre blanche. Par exemple l’envie de réussir si nos parents ont « échoué ». À noter que le concept d’ombre est très utilisé outre-atlantique. Il s’applique aux individus mais également aux nations, aux familles et aux institutions (entreprises…).

Le Soi, enfin, correspond au centre du psychisme, inconscient et conscient. C’est aussi en quelque sorte notre part divine ou sage, celle qui peut dépasser et transformer nos antagonismes, contradictions internes…

L’ombre et la personnalité inconsciente de l’autre sexe

À plusieurs reprises lors de notre rite de passage, nous avons été confrontés à notre ombre. Il est primordial de contacter son ombre au risque de nier une part importante de soi, et donc de ne pouvoir être soi-même.

Cette confrontation était même au centre de chaque cérémonie d’initiation. Un aspect intéressant à noter est que Jung décrit parfois l’ombre comme « la personnalité inconsciente de l’autre sexe ». Pour un garçon (ou un homme en devenir), l’ombre est donc reliée à l’inconscient maternel. Je pense qu’il est intéressant de noter également que dans pratiquement toutes les cultures du monde, la place de la mère est première et primordiale pour tout enfant. La sociologie nous montre que dans les tribus par exemple, le rite de passage intervient lorsqu’il s’agit de faire passer les jeunes garçons de la domination féminine à l’autorité masculine.

Lors de la partie centrale du rite initiatique, appelé voyage du héros, je fus donc confronté dans mes tripes à cet aspect de l’ombre. À l’aide de mes frères guerriers, je fus amené à réaliser un acte psychomagique prenant des aspects d’une constellation familiale, et trouvant sa solution dans un mouvement intérieur de dépassement de l’ombre. A l’issue de ce voyage, nombreux furent les frères qui vinrent me voir et me raconter à quel point j’avais l’air libéré et mon visage lumineux.

(Je ne fais pas référence ici au Voyage du héros selon le mythologue Joseph Campbell – voir ici).

L’ombre et le groupe

En guise de conclusion pour ce second article, je souhaite revenir sur l’aspect collectif de l’ombre. D’instinct, les sociétés primitives ont trouvé un correctif à cette ombre collective. Certains de leurs membres étaient désignés pour « jouer » l’ombre collective et amener le groupe à relativiser ses habitudes et manières de penser. Ainsi, chez les Sioux d’Amérique, le Heykoka jouait l’ombre. De façon systématique, il faisait à l’envers toute une série d’activités. Il montait son cheval face au derrière de la bête. Il construisait sa tente en plaçant l’ouverture dans une direction opposée à celle des autres tentes. Parfois, il allait même jusqu’à déféquer durant les cérémonies religieuses. (cf. Dooling « The Wisdom of the contrary »  in Parabola, the Trickster).

À la cour du roi, le fou jouait un rôle similaire auprès du souverain : il lui révélait tout ce que sa cour essayait de lui cacher. Et durant la fête des fous au Moyen Âge, les positions sociales étaient inversées. Par exemple, l’idiot du village était nommé roi. Aujourd’hui, à mon sens, c’est la fonction qu’assurent les clowns et comiques (Coluche, si tu m’entends !!). D’ailleurs, il paraîtrait que derrière l’humour, certains cachent une partie de leur ombre… Et vous, de quoi riez-vous ?

Lire l’article précédent : Qu’est-ce que le masculin sacré ? Définition et enjeux


Julien Pinot | Mage Intérieur

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